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Voyage au bout des alternatives – évocation autobiographique

D’une certaine manière, l’article que je vous propose aujourd’hui n’était pas sensé être publié un jour. J’ai néanmoins décidé de le faire pour deux raisons :

  • Je reçois régulièrement, de ce blog, de l’autre blog que je gère ou sur les réseaux sociaux des demandes de précisions d’ordre biographique, sur l’origine de mon approche des sujets que j’aborde. J’ai jusqu’à présent un peu rechigné, ne trouvant pas forcément cela utile. Et puis le temps passe…
  • Ce texte, à l’origine, a été créé pour un projet artistique mis en scène par Fanny de Chaillé, La Bibliothèque. Je l’ai proposé et « joué » un an après les évènements qu’il décrit, parce que cela m’a aidé à comprendre mon itinéraire. Les fameux « évènements » ont aujourd’hui deux ans. Je pense que le texte conserve sa capacité d’éclaircissement sur l’investissement dans les alternatives, au delà de mon cas personnel. 

Alors… pour éclaircir peut-être certains positionnements exprimés dans ce blog ou ailleurs, pour témoigner de la capacité de résilience de l’être humain, et surtout pour remercier la lumière qui m’est revenue il y a deux ans à travers une rencontre, voici ce qui s’appelait à l’origine « Je t’M, de Michel Leprince« . Il est dédié à la fée AmZelle.

Voyage au bout des alternatives

Il fait chaud. Il fait chaud, pas seulement parce que c’est la toute fin de l’été, mais également parce que nous sommes dans le sud, à Agen. Je me trouve sur la passerelle qui surplombe les voies de train, proche de la gare. Dans la poche, j’ai mon téléphone portable. 

C’est un iPhone 4. Pas un iPhone 4s. Lorsque je l’ai acheté, le vendeur m’a pourtant incité à acheter le 4S, me vantant son autonomie supérieure et sa puissance adaptée à mes besoins. J’ai choisi l’iPhone 4. 

Dans ma vie, depuis assez longtemps, je procède ainsi. Une certaine manière de chercher. Non pas pour être à contre courant, mais pour chercher des voies qui me correspondent, plutôt que les propositions qui me viennent du monde extérieur. Cette démarche s’est appliquée à de nombreux aspects de ma vie, des plus simples aux plus complexes.

Voyage au bout des alternatives – habitat, transport et travail

Par exemple, pour les toilettes. Pendant plusieurs années, j’ai vécu avec ce qu’on appelle des toilettes sèches. C’est une caisse qui contient un seau.Lorsqu’on a fait ce qu’on a à y faire, on ajoute un peu de sciure ou de copeaux de bois. Puis le seau est régulièrement vidé dans un composteur, que l’on met dans le jardin. 

Les transports y sont passés. J’ai habité un temps en Suisse, et j’y ai pris le goût de mettre mon vélo dans le train. Ainsi, pour la quasi totalité de mes activités personnelles ou professionnelles, je me déplace majoritairement sans voiture. J’y trouve non seulement plus de cohérence, mais surtout beaucoup plus de plaisir. J’aime beaucoup le regard des automobilistes lorsqu’il pleut et que je passe habillé de manière étanche, le sourire aux lèvres. 

J’ai tenté d’appliquer cette recherche de cohérence dans mon travail. Après des études d’ingénieur, j’ai d’abord travaillé dans l’industrie du sport. Après quelques années et un voyage en Chine, j’ai eu quelques questionnements vis-à-vis du monde tel qu’il fonctionnait. Alors j’ai démissionné. Je suis retourné à l’école me former sur le bâtiment, l’énergie et la construction écologique.

C’est l’époque où j’ai également commencé à être fâché avec le salariat, les horaires de bureau fixes. J’ai donc monté ma propre activité, au sein d’une coopérative. Je me disais à l’époque : « puisque je ne trouve pas d’entreprise qui me permette de travailler comme je le souhaite, je n’ai qu’à la fabriquer ». Depuis ce temps, je travaille de chez moi, en horaires choisis et la plupart des temps avec les gens que je choisis, ce qui est un grand luxe. Je m’en porte très bien, même s’il il faut reconnaitre que cela n’a pas que des avantages. La liberté me semble néanmoins un élément suffisamment important pour justifier quelques concessions. 

Voyage au bout des alternatives – Le temps des naissances

Lorsque je me suis marié et qu’un enfant est arrivé, là aussi, nous avons cherché autre chose que la voie normale. Non par militantisme, mais parce que ce qui est proposé aujourd’hui dans les hôpitaux ou les maternités n’est pas ce qu’on fait de mieux pour accueillir un être venu d’un autre monde. Nous avons donc fait le choix d’une naissance à la maison. Bien que cela provoque souvent une réaction assez émotive, c’est un processus très encadré, avec une sage femme expérimentée et une équipe de professionnels prévenus et formés. C’était une très belle naissance.

Notre premier petit garçon est arrivé un soir de décembre. Il neigeait dehors. Il n’y avait que nous, la sage femme et le chat. C’était la nuit et nous n’étions éclairés que par la lumière du feu qui brûlait dans le poêle. Je me souviens m’être dit que cette scène ne devait pas être tellement différente de celles qui se déroulaient il y a des milliers d’années, dans des cavernes. 

Notre deuxième petit garçon est arrivé un peu plus de trois ans plus tard. Cette fois, c’était au printemps. J’avais installé une piscine dans l’appartement pour qu’il puisse arriver dans l’eau. La sage femme connaissait parfaitement la route car elle était là pour la première naissance. Elle a pourtant raté la sortie d’autoroute. Quand elle est arrivée, le bébé était déjà là. C’était parfait.

Voyage au bout des alternatives – Unschooling, Co-housing et Crowdfunding

Quand les enfants ont grandi, la question de la scolarisation s’est posée. Moi, je suis fils d’une professeure et d’un ingénieur, et mon épouse était également professeure de l’Éducation Nationale. Après avoir longuement étudié les pédagogies dites « alternatives », nous avons finalement fait le choix de ne pas scolariser les enfants. Ils auront aujourd’hui 5 et 8 ans et ne sont jamais allés à l’école. Là encore, ce n’est pas à l’origine un choix militant, mais le fruit d’une réflexion longue et poussée sur les enjeux de ce qu’on appelle « l‘éducation » et sur ce qui nous est proposé aujourd’hui dans le cadre majoritairement admis. 

alternatives- grande maison

La Grande Maison – photo P. Lenormand

En même temps que nous choisissions de ne pas mettre les enfants à l’école, nous nous sommes dit qu’il serait juste de trouver un cadre de vie qui offre le maximum de perpectives de vie alentours. Nous avons donc rejoint un habitat participatif. En l’occurence, il s’agissait d’une grande maison, dans laquelle il y avait 6 appartements pour 6 familles. Beaucoup de gens travaillaient sur place. Il y avait un maraîcher, un boulanger. Moi-même je pouvais travailler sur place. Nous avions également des chambres pour accueillir des groupes. De temps à autre nous organisions des conférences, des événements, des concerts.

Pour pouvoir nous s’installer dans cette grande maison, il nous a fallu emprunter de argent : 140 000 €. Nous ne disposions pas de cette somme, nous avons donc cherché à faire un emprunt. Mais les banques nous l’ont refusé, la plupart sans nous donner de raison valable. Alors nous avons monté un emprunt participatif : 80 personnes nous ont prêté environ 100 000 €. Là aussi, c’est un modèle très peu courant et qui nous semblait très riche et très adapté à ce que nous souhaitions faire.

Voyage au bout des alternatives – la fusion du réacteur

Ainsi, dans de nombreuses parts de ma vie depuis plusieurs années, j’ai pu expérimenter ce qu’on appelle des « alternatives ». Je voyais plutôt cela comme des moyens que j’estimais de mettre ma vie en cohérence. J’estimais que cela pouvait me rapprocher de ce que je considérais être le bonheur. Pourtant, c’était fatiguant. Dans bien des domaines, lorsqu’on cherche à expérimenter et qu’on sort du droit chemin, il y a une certaine quantité d’énergie à déployer comme pour s’arc-bouter sur le modèle courant. En ce qui concerne les enfants, il faut souvent expliquer, se justifier, répondre à des attaques, parfois violentes. Tout cela demande de l’énergie, de l’aplomb et parfois c’est difficile. 

Au début de l’année, j’ai senti que j’étais fatigué, que je perdais de l’entrain et que je m’épuisais. Au début du printemps, ma femme m’a annoncé qu’elle ne me trouvait pas l’air heureux. Qu’elle avait rencontré quelqu’un dans la Grande Maison, avec qui elle voulait maintenant partager sa vie. Que nous n’allions plus vivre ensemble.

Ca n’a pas été un très bon été. Les jours qui ont suivi, je suis passé deux fois aux urgences. J’ai mangé pas mal de médicaments pour pouvoir dormir, moi qui me soignais par homéopathie ou médecines « douces ». De nombreux amis m’ont recueilli et accueilli. J’ai pu à ce moment là voir ce que l’un de mes amis a appelé « l’immense filet d’amour qui se met en place pour nous rattraper lorsque l’on tombe ». Non, vraiment, ça n’a pas été un été agréable. Je n’ai pas beaucoup vu mes enfants. Je suis retourné habiter chez ma maman. J’avais la sensation d’avoir perdu non seulement tout ce qui constituait ma vie, mais également tout ce à quoi j’avais cru, tout ce qui constituait mon système de valeur, tout ce qui me structurait profondément. 

Voyage au bout des Alternatives – renaître

Le 4 septembre, je devais donner un cours dans une école d’ingénieur. Plus précisément l’école dont j’avais moi-même été élève, une quinzaine d’années auparavant. J’avais accepté cette séance plusieurs mois plus tôt. Comme je n’avais plus grand-chose à perdre, je me suis finalement dit que j’allais assurer ce cours. Me voici donc à Toulouse, un 4 septembre. J’ai donné mon cours pendant 8h, parlant à des étudiants plutôt intéressés. Nous avons parlé du sujet technique qui nous concernait (les questions énergétiques dans le bâtiment) mais également d’autres choses, comme le sens du travail, les « alternatives », mon positionnement personnel, etc. Le soir, je suis allé rendre visite à une amie à Agen.

Le lendemain matin, le 5 septembre, je rejoins la gare d’Agen en passant par la passerelle métallique qui surplombe les voies. Je rallume mon téléphone portable qui se trouve dans ma poche. C’est un iPhone 4. Je reçois alors un sms d’un numéro inconnu. Le message disait : « Vous avez illuminé ma journée. »

J’étais un peu perplexe. Je me suis laissé un peu de temps pour répondre et dans le train j’ai composé un message qui disait en substance : « Si j’ai pu illuminer votre journée, alors je n’ai peut-être pas complètement perdu la mienne. La vie fera peut-être que nous nous re-croiserons ».

J’étais assez content de moi. Je ne savais toujours pas de qui il s’agissait. La réponse ne s’est pas fait attendre, elle disait : « Je n’ai pas l’intention d’attendre que la vie fasse qu’on se re-croise ». Nous avons continué ainsi à échanger des sms. Assez rapidement, j’ai compris qu’il s’agissait d’une étudiante qui avait assisté à mon cours de la veille. Je ne l’avais pas spécialement remarquée, elle n’avait pas posé de questions, elle n’était pas venue me parler. Je pouvais néanmoins me souvenir de son regard. 

Deux jours plus tard nous avons commencé à échanger des sms à 8h le soir. Nous avons terminé à 6h le lendemain matin. Il faut recharger trois fois un iPhone 4 pour envoyer des sms une nuit entière. Encore 2 jours, et j’ai commencé à considérer que je tombais amoureux par sms.

alternatives - gare

Deux semaines plus tard, je suis de nouveau sur le quai d’une gare, quelque part en Savoie. Je n’ai plus de téléphone dans la poche, il est resté dans la voiture. J’ai attendu le train. Elle en est descendu et je suis tombé amoureux une deuxième fois.

C’est une drôle d’histoire. Ca pourrait être une sorte de publicité pour Apple, une histoire racontée par Steve Jobs pour expliquer de quelle manière sa technologie peut changer la vie des gens. Etant donné d’ou je viens, mon parcours, mes questionnements, je trouve que ce serait exagéré et probablement mal venu. Je dois pourtant reconnaitre que les petits messages qui défilaient m’ont sorti de l’ombre.

Voyage au bout des Alternatives – épilogue

Le texte original s’arrêtait ici. Quelques mots encore…

Aujourd’hui, je peine encore à reconstruire mon système de valeur qui avait complètement volé en éclat durant ces quelques semaines. Ce que je sais aujourd’hui, c’est que toutes ces expérimentations que j’ai poussées m’ont progressivement absorbé tellement d’énergie que je n’ai pas su voir à quel point je m’épuisais. Chaque partie, prise indépendamment, était formidable. Lorsque nous les racontions à des amis ou à notre entourage, les gens disaient souvent « c’est formidable ».  Ils disaient aussi « Mais comment faites-vous pour faire tout ça ? « . L’expérience à montré qu’une des réponse était « en s’y perdant ». L’assemblage de toutes ces aventures enthousiasmantes s’est révélé un monstre qui nous a dévorés. 

Aujourd’hui je reconstruis pièce à pièce un système de valeur, un mode de fonctionnement, également un couple, une vie de famille. D’une certaine manière, j’ai l’impression d’avoir traversé les flammes. Et quasiment chaque jour, je me dis que depuis les temps anciens, les flammes ont un pouvoir de purification. Je parviens aujourd’hui à être reconnaissant de ce parcours, à apprécier d’avoir une deuxième chance pour construire et de cheminer vers plus de lumière.

Il y a des rencontres qu’on ne peut faire que quand il ne reste plus grand-chose de nous-même, parce qu’alors des portes s’ouvrent. Des portes restées secrètes, masquées auparavant par toute l’agitation, par toutes les choses qu’on essayait de faire. Quand on n’est plus en état de rien faire, quand il n’y a plus qu’à être, tout simplement, alors les miracles deviennent possible.

Merci AmZelle. Merci la Vie. 

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Au fil des ans, et sur la base de ce principes des "5 qualités de l'esprit", j'ai développé une méthode exclusive, particulièrement adaptée aux professions intellectuelles et créatives. 

J'ai appelé cette formation "Hygiène de l'esprit". J'utilise moi-même quotidiennement cette méthode pour à la fois améliorer ma performance et gagner en sérénité. Je la trouve précieuse parce qu'elle m'a déjà sauvé du burn-out, Et je suis heureux aujourd'hui de la partager avec vous.  

Pascal

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