Depuis que je suis enfant, je vois fleurir à l’approche de l’été les magazines de jeux et loisirs dans les rayons des magasins. Longtemps, j’ai cru que cela se résumait aux mots croisés (mon père adorait ça), rejoints par les sudokus. Je n’ai jamais été un fan, alors je me suis cru sauvé quand est arrivée, plus récemment, la vague des « coloriages zen ». 

Cela tombait parfaitement bien : j’étais stressé, et me suis toujours considéré fort peu habile en disciplines graphiques. Quelle chance donc ! Voici qu’on me proposait de détendre mon esprit, et d’accéder au plaisir (croyais-je) du dessin. Et cela avec beaucoup plus de simplicité que dans mes tentatives ratées et donc frustrantes d’aborder la poterie, l’aquarelle ou le dessin. Cette forme de « loisirs créatifs » me permettait enfin de m’imaginer en peintre serein plongé dans sa création… enfin presque. 

J’achetais donc mes premiers cahiers de « coloriage zen ». Pour tout dire, c’était en Allemagne, l’objet s’appelait donc « Mahlbuch for erwachsene », soit « coloriages pour adultes ». Pour accentuer l’effet, j’ai choisi un gros livre intitulé « Méditation », dont le sous-titre annonçait : « Laisser s’envoler tous les soucis avec de merveilleuses images ». Convaincu de ma rapide addiction, j’achetais également un exemplaire proposant de merveilleux mandalas, ainsi, bien sûr, qu’une grosse boite de crayons de couleur. 

J’étais heureux comme un enfant. Le soir même, je commençais, attentif à tout ce que je pouvais ressentir. 

Loisirs créatifs, ou non-créatifs ?

Loisirs créatifs : installez-vous… et créez !

Sensation de solitude, et dialogue intérieur :

  • par quelle couleur commencer ?
  • Si je prends un rouge, ne serais-je pas coincé après ? Bon, je prends le rouge… Disons que je commence dans ce coin-ci.
  • Et si ce n’était pas joli ? Si je ratais mon premier dessin de méditation ?
  • Pas grave, pas grave, détends-toi Pascal… Vis l’expérience…
  • Aïe, j’ai débordé…
  • Chhhht, c’est pas grave, accueille…
  • Voilà, j’ai fini le rouge… J’aimerais bien mettre du vert, mais d’abord, il y a trois verts…
  • et je me souviens qu’au CP, un jour, on s’est moqué de moi, genre « n’importe quoi, du vert avec du rouge !! ».
  • Je vais rester prudent : un orange. Mais j’ai peur que ça ne contraste pas avec le rouge…
  • bon, j’attaque par l’autre bout… etc. etc. etc. 

J’ai tenu 20 minutes, au bout desquelles j’étais

  1. consterné devant mon dessin ne ressemblant absolument pas à ce que j’imaginais
  2. et surtout… pas du tout, mais pas du tout zen.

Evidemment, j’ai recommencé l’expérience. Seul, avec mes enfants, le matin, le soir, en riant, en ayant bu un coup. Rien à faire : le « coloriage zen » m’énerve. 

Loisirs créatifs : et vous, ça vous détend ?

Hormis la pénible déception, voire le sentiment de m’être fait avoir, cela me pose deux problèmes : 

  • pourquoi cette activité qui semble aider des gens à se détendre a un effet inverse sur moi ? 
  • et si je veux me détendre… que me reste-t-il ? 

Vous avez peut-être compris, à travers ce blog, que je m’intéresse à mon esprit dans le but principal qu’il arrête de me jouer des tours. Dit autrement : pour vivre serein, il me faut comprendre ce que veut cette drôle de boite noire. Et dans ce cas précis, la question est très simple : existe-t-il un magazine de jeux et loisirs qui puisse me détendre quand je suis en vacances, comme tout le monde ? 

Une fois de plus, la réponse est venue des enfants.

Loisirs non-créatifs

loisirs non-créatifs - point à point

un point… un point… un point…

Nous sommes assez gros consommateurs de cahiers du genre « cahiers de vacances ». Et mes garçons semblaient apprécier particulièrement les point-à-point. Vous savez : on pose le stylo sur le numéro 1, puis on va au 2, puis au 3… Il ne me serait pas venu à l’idée de considérer cela comme un « loisir créatif ». Je trouvais que cela apprenait à Swann (il a 5 ans) à compter, le résultat esthétique, ma foi…

Et un jour, Swann m’a demandé d’en finir un qui ne lui plaisait plus. J’ai adoré. L’air de rien, je suis allé demander à Nawel (il a 9 ans) s’il voulait bien m’en prêter un qui allait jusqu’à 200. Comme on dit… le kiff !!

Quelques jours plus tard, il sont revenu d’une promenade avec leur grand-mère en m’offrant magazine « point-à-point » pour adultes. Jusqu’à 1500 points à relier !! Les dessins étaient vilains (j’allais dire… bien sûr), mais je m’en fichais : ça marchait !! J’avais trouvé un magazine de vacances qui me détendait !

(Un petit exemple… il y en a évidemment des milliers)

L’effet s’est reproduit à l’identique lorsque Swann m’a demandé, un jour, de faire avec lui un « coloriage magique ». Principe similaire : il y a un 3 ? Tu mets du vert. Il y a un 2 ? tu mets du jaune. Même détente, même sensation béate de « débrancher ». Et là aussi, des éditeurs judicieux ont pensé à publier des coloriages magiques… pour adultes ! J’y passe des heures, dans un délassement total. 

(Un exemple que j’ai apprécié, ainsi que les jolis feutres qui décuplent le plaisir)

 

Loisirs non-créatifs : une clé pour débrancher

Loisirs non-créatifs : mais pourquoi ca marche sur moi ? 

Certes, j’avais trouvé à ce stade non seulement des jeux pour passer mes vacances. Bien plus que ça, j’ai trouvé des outils qui me permettent de calmer mon esprit lorsqu’il commence à jouer les chevaux sauvages. 

Mais j’avais encore besoin de comprendre. Pourquoi les loisirs créatifs, où tant de gens puisent de la sérénité, ont-ils sur moi l’effet inverse ? Et symétriquement, pourquoi ces « loisirs non-créatifs » que sont le point-à-point et le coloriage magique ont-ils cet effet calmant ? 

Notez bien : j’appelle ces loisirs « non créatifs » parce que, justement, ils ne mobilisent absolument pas la créativité. Je n’ai qu’à suivre les instructions, il n’y a rien à décider, à inventer ou imaginer. Nul jugement là-dedans, j’essaie juste de décrire la nature de l’activité proposée. 

Loisirs non-créatifs : à quoi sert un loisir ?

Je comprends aujourd’hui leur effet lorsque je m’interroge sur ce qu’est un loisir. Au final, ces activités que nous faisons principalement en vacances ou hors travail, nourrissent justement la part de notre être que le travail nous empêche peut-être de nourrir. 

Ainsi, si j’ai un travail sédentaire, je sens peut-être le besoin de faire du sport, de me défouler. Si j’ai un travail cadré par des processus ou une hiérarchie stricts, alors je serai probablement en recherche d’espaces de liberté, d’expression personnelle. 

Si je considère mon cas personnel, comment puis-je définir ma vie ? Elle m’offre très peu de cadre externe. Je suis entrepreneur et artiste à mon compte depuis bientôt 15 ans, donc sans horaire strict, sans hiérarchie, sans directives données de l’extérieur. 

Mes enfants ne sont pas scolarisés, les horaires et calendrier scolaire ne m’apportent donc pas de structure régulière quotidienne ou sur l’année. Ils ont bien leurs « activités », mais c’est tout de même plus léger que l’école. Bref : ma liberté est presque totale. C’est un choix et une chance. Le revers de la médaille, c’est que ma vie est faite de choix. Je ne peux m’appuyer sur une contrainte extérieure.

Loisirs non-créatifs : du bonheur (parfois) de recevoir des ordres

loisirs non-créatifs - coloriage

Un loisir non-créatif qui parle de liberté : le kiff

Je dis parfois à mes amis salariés en entreprise qu’il m’arrive de les envier d’avoir un chef qui me dit quoi faire. Pour tout vous avouer, j’ai même mis en place des méthodes et processus pour me re-créer des contraintes extérieures. 

S’il y a un domaine de mon être qui est abondamment sollicité, donc, c’est ma créativité. Parfois même à l’excès. Qu’est-ce qui me repose, donc ? Tout ce qui n’est pas créatif ! Le point à point ne me demande AUCUNE décision. Le coloriage magique ne réclame pas mon choix de couleur. Pour cette raison, je crois, j’ADORE faire des gammes sur mon accordéon. Je joue vingt minutes les mêmes 4 notes avec délectation. 

En quoi cela a-t-il un intérêt ? A savoir choisir consciemment mes activités en fonction de l’état que je souhaite atteindre, ou plus précisément, de la partie de mon être que je souhaite reposer. Vous reconnaîtrez peut-être là une forme de l’exercice de la vigie, ou des pratiques que je détaille dans l’hygiène de l’esprit. 

En conclusion : vacances créatives… ou non ?

A quoi cela sert-il de partir en vacances si le programme que vous concevez provoque chez vous l’effet inverse de ce que vous recherchez ? Si vous vivez dans une certaine routine ou avec des contraintes extérieures, alors peut-être souhaiterez-vous partir à l’aventure dans un pays inconnu, sans destination précise, vous régaler d’énigmes ou enchaîner les activités de découverte. 

Mais si votre créativité et votre pouvoir de décision sont mis à contribution quotidiennement, parfois à l’excès ? Alors vous rêvez peut-être, comme moi, d’un séjour en novembre en Bretagne sous la pluie, en pension complète aux horaires fixes, ou d’aller faire des cueillettes de fruits ou de légumes, ou encore… de faire des point-à point pendant une semaine. Choses que pourtant, a priori, on peut considérer de moindre qualité que les précédentes. 

Un type d’activité n’est pas a priori mieux qu’un autre, la question est surtout de comprendre ce qui fait du bien à notre esprit et à notre corps. Mais pour ma part, je me suis finalement vu piégé dans une sorte « d’injonction à la créativité » sur mes congés, alors qu’au final… j’en avait déjà largement ma dose !

Et vous, avez-vous observé de tels phénomènes ? Avez-vous vos activités favorites pour provoquer tel ou tel effet dans votre esprit et dans votre corps ? Je vous remercie de les partager en commentaire. Je serais très heureux de faire autre chose que des point-à-point et du coloriage magique !

Pascal

Click Here to Leave a Comment Below

Leave a Reply: