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Comment je me suis passé de banque

Comment j’ai réalisé mon projet avec un emprunt participatif.

 

Mai 2013. Cela faisait plusieurs mois que nous avions le projet de rejoindre un habitat partagé. Celui-ci se trouvait en Savoie, dans une grande maison, et nous connaissions bien les habitants. Aussi, quand nous avons appris qu’un appartement allait se libérer, nous avons postulé, et avons été retenu. Sur le principe, c’était gagné. Restait un détail : trouver 140 000 €.

Nous avions environ 50000 € d’apport, il nous « suffisait » donc d’emprunter 90000 € pour pouvoir racheter les parts sociales des habitants sortants. J’étais entrepreneur salarié avec des revenus stables depuis plusieurs années, ma femme était fonctionnaire. Nous étions très confiants. Tellement confiants que, l’appartement étant vide, nous avions commencé à faire quelques travaux tout en commençant à rencontrer des banques. Rapidement, il s’est avéré que beaucoup refusaient par principe de financer des projets en SCI. Nous nous sommes tournés vers une banque « coopérative » très réputée, dont la communication évoquait souvent les habitats partagés. Après plusieurs semaines de balades de services en service, la réponse tombe : « ça ne va pas être possible ». Commençant à trouver l’histoire compliquée, je me tourne vers l’agence locale d’une banque « mutualiste », que l’on m’avait recommandée. C’était mon dernier espoir, mais je restais confiant.

C’était un mardi midi de printemps, j’en ai un souvenir très précis. Nous avions travaillé toute la matinée dans l’appartement avec Stéphanie, une amie, et pour célébrer notre prochain emménagement, nous dégustions quelques frites « maison » à la terrasse d’un bistrot à Aix les Bains. Le téléphone sonna. C’était le banquier. J’ai très vite compris, malgré les circonvolutions : « il aurait bien voulu, mais ça n’allait pas être possible ». Je suis revenu à table, abattu. C’est alors que Stéphanie a dit : « Moi, je ne suis pas comme ton banquier. Je peux te prêter 500 € maintenant. Il te suffit d’en trouver 280 autres ».

Et si on se passait des banques…

Ça a tourné dans ma tête, tout l’après-midi. Et le soir, je me suis mis devant l’ordinateur, et j’ai lancé une bouteille à la mer. Un mail qui valait 90 000 €. Dix jours plus tard, je devais commencer à refuser des propositions de prêt qui continuaient à affluer. Très rapidement, des virements sont arrivés sur mon compte. Encore quelques jours, et nous pouvions faire le chèque. Quelques semaines plus tard, nous déménagions, et commencions alors à rembourser notre emprunt, comme tout le monde. Enfin… presque comme tout le monde.

Cet emprunt était un assemblage d’une soixantaine de « prêts individuels ». Taux annuel global : 0,56% (le marché était alors entre 2,5 et 5%).

Cette aventure, qui a commencée parce que je me sentais acculé, s’est révélée un voyage incroyable, un « bricolage » économique, bien sûr, mais aussi une plongée dans une nouvelle vision de l’argent, de son pouvoir, du sens qu’on peut lui donner, du lien qu’il peut créer. Ce qui était un projet personnel est devenu, d’une certaine manière, celui d’une communauté de cœur. C’est de tout cela dont j’aimerais vous parler ici, pour témoigner de cette possibilité, et pour partager l’espoir que tout cela m’a donné. J’espère que ce petit guide de l’emprunt participatif en forme de témoignage vous donnera des clés pour peut-être, vous aussi, vous lancer dans l’aventure… sans banque ni plate-forme.

Pascal

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