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Comment mes enfants ont fini par dormir (et moi aussi)

Il est presque 22h30, et j’en suis à mon quatrième aller-retour dans l’escalier. Swann a cinq ans, le coucher se passe maintenant bien, en général. Mais ce soir, ça ne va pas. Il chouine, s’agite, n’arrive pas à s’endormir. Moi, je sentais que je commence à perdre patience. Son grand frère Nawel, au premier étage du lit superposé recommence également à s’agiter. J’ai senti que la situation allait déraper. Et soudain, je ne sais pas pourquoi, m’est revenue la « méthode » d’endormissement que je pensais avoir inventée lorsqu’ils étaient tout petits. Je me suis dit « bah pourquoi pas ». Résultat : dix minutes plus tard, les deux dormaient. J’ai entendu leur respiration s’apaiser, s’approfondir, et un petit ronronnement s’installer.

Sans cet évènement, j’aurais oublié cette « méthode » secrète pour faire dormir les bébés. À l’époque pourtant, je m’étais dit que j’écrirais un livre à ce propos. Si j’ai l’impression d’avoir lu à peu près tout ce qui existait sur le sujet, il y a une raison majeure. Aucun de mes deux garçons n’a été un gros dormeur. Doux euphémisme : Nawel a mis 3 ans et demi à faire des nuits complètes. Swann pareil. Cela fait quasiment sept ans sans une nuit complète. Tout ceux qui ont passé des nuits blanches à coté de bébés qui se réveillent régulièrement savent que c’est un calvaire. Le manque de sommeil est insupportable, et peut rendre complètement dingue. À l’époque donc, nous avions cherché avec leur maman à peu près toutes les méthodes imaginables, regardé (et revendu !) tous les livres. Je m’étais même formé aux méthodes de récupération en situation de survie. Ayant ainsi découvert la sieste. (Voir l’article qui en parle ici).

Néanmoins, j’avais également développé « à l’instinct » une technique que je considérais assez efficace pour aider mes enfants à s’endormir. Elle préservait aussi ma santé émotionnelle. C’est ce que je vous propose de découvrir.

Mais auparavant, j’aimerais vous présenter deux principes sur laquelle elle repose : 

Principe 1 – Les pleurs : un bienfait et non un handicap

Les pleurs des enfants sont un mystère. Pour certaines personnes, c’est carrément insupportable. D’autres les supportent à peu près, mais nous sommes peu nombreux à les accepter totalement. En la matière, ma vison en a radicalement changé après la lecture d’un livre d’une grande dame, Aletha Solter. Je pense qu’il s’agit d’un des livres dont le titre est le plus mal traduit du monde : Mon bébé comprend tout. Malgré ce que le titre français pourrait laisser croire, ce livre traite principalement des émotions et pleurs des enfants, de leur sens et de la manière de leur conserver leur efficacité de guérison. Je vous laisserai trouver sur internet des ressources complémentaires, par exemple dans les livres d’Isabelle Filliozat, dans les nombreux blogs (comme celui-ci ou celui la) traitant de parentalité positive. 

Des pleurs pour guérir

S’il n’y avait qu’une chose à retenir, ce serait celle-ci : nous pleurons pour guérir nos blessures. Un pleur, c’est une émotion qui se guérit. On dit parfois « de la glace qui fond ». C’est une douleur qui s’écoule plutôt que de s’enkyster dans notre corps pour ré-emerger  ultérieurement. 

pleurs - larmesCe qu’explique Aletha Solter, c’est que l’expression corporelle est la voie naturelle des émotions. Le pleur en fait partie. Chacun connait la sensation de relâchement physique et émotionnel lorsque nous avons bien pleuré dans les bras de quelqu’un qui nous a accueilli. C’est encore plus vrai pour le petit enfant. Le tout-petit vit dans un monde étrange qu’il comprend peu et dont il ne maitrise pas grand-chose. Souvent, on ne s’en souvient pas, bien sûr, mais notre vie de bébé est chargée d’émotions bien énormes pour notre petite taille et notre capacité à les gérer.

Heureusement, la nature nous a doté de certains moyens pour les traiter et les digérer. Pleurer est sûrement le plus important de nos moyens de guérison. A l’inverse, si pour une raison quelconque (tétine, menaces, peur, etc.) nous sommes empêchés de pleurer, l’émotion ne peut pas être digérée. Elle se stockera, pour réapparaître peut-être plus tard, sous une forme souvent peu appropriée.  

Guérir pour permettre aux autres de pleurer

Aletha Solter décrit un phénomène parallèle, apparemment paradoxal. Moins nos pleurs ont été accueilli, moins nous sommes capable d’accueillir les pleurs des autres. Or, pour être efficace et accomplir son action de guérison, un pleur doit être accueilli. S’il n’est pas entendu, il ne permet pas la guérison. Ainsi, pour l’adulte qui s’occupe de petits enfants, la manière d’accueillir les pleurs est fondamentale. Si l’enfant qui pleure reçoit de la colère, une menace, de la honte ou de la froideur, les pleurs n’auront aucun effet. L’émotion restera bloquée.

A l’inverse, si le pleur est accueilli avec l’empathie, patience et amour, alors les larmes seront une guérison et un apaisement. En ce sens, lorsque nous accueillons les pleurs d’un enfant (ou d’un adulte !) nous aidons la personne à se guérir elle-même. Mieux : nous nous guérissons nous-même, là où nos propres pleurs n’ont pas été accueillis.

Principe 2 – Les enfants sont des éponges émotionnelles 

Vous avez certainement lu ici ou là que les enfants « sentent » nos émotions. Bien que je l’aie moi aussi entendu, cela ne m’a pas évoqué grand-chose pendant longtemps. Ma perception du sujet a largement changé lorsque j’ai fréquenté les mouvements de formation à la pédagogie Steinerpleurs - tiens moiDans cette pédagogie, on évoque très régulièrement le fait que dans la croissance de l’enfant, la construction du « Je » ne se fait que progressivement. Dit autrement : ce n’est qu’assez tard (autour des 7 ans) que l’enfant perçoit pleinement son identité propre.

Le corollaire de cette idée, c’est qu’auparavant, d’une certaine manière, l’enfant peut être habité par la vie émotionnelle et spirituelle des gens qui l’entourent. Si vous ne voyez pas de quoi je parle, alors pensez à ces situations où vous avez l‘impression d’être contaminé par les émotions de quelqu’un d’autre. C’est exactement de cela qu’il s’agit mais à un point tel que vous en perdez le sentiment de votre propre identité. Ce phénomène est particulièrement vrai pour les tout-petits. Ainsi, lorsqu’on dit qu’ils sentent l’atmosphère émotionnelle, on pourrait aussi dire qu’ils vivent l’atmosphère émotionnelle. Et c’est tout particulièrement vrai dans la relation avec les parents avec qui ils sont extrêmement liés. 

Les fondements de la méthode

Ces deux compréhensions sont pour moi intervenues à peu près à la même époque de ma vie. En les combinant, j’en suis venu à une expérimentation passionnante. En me basant sur le deuxième principe, je peux considérer que, d’une certaine manière, l’enfant que je tiens dans mes bras est habité de mon propre état intérieur.

Je peux considérer cela comme un inconvénient. Ainsi, si je m’énerve du fait qu’il ne dorme pas, alors il va « vivre » mon énervement, s’énerver lui-meme de plus en plus et de moins en moins dormir. Nous entrons dans un spirale infernale : lui dort de moins en moins et moi je m’énerve de plus en plus.

Sois le changement que tu veux voir

pleurs - regardsMais je peux également considérer cela comme un atout, avec le postulat suivant : si je créé en moi-même l’état intérieur correspondant à ce que je souhaiterais qu’il se passe pour lui, alors « il me suivra » sur cette voie. Disons le simplement : si je souhaite qu’il s’endorme, alors je n’ai qu’à faire le guide vers le sommeil et faire comme si je m’endormais moi-même. Rien ne m’interdit d’ailleurs de m’endormir effectivement. Une sorte de cododo spontané. 

Je vous propose une image : si vous emmenez un petit enfant sur un chemin de randonnée, alors vous lui tiendrez la main. Cela l’aidera à marcher, à s’orienter. Il se sentira en confiance et vous suivra. Ce que nous allons faire pour l’endormissement, c’est exactement la même chose, mais sur un plan émotionnel. Nous allons ouvrir le chemin vers l’état de paix et de repos que nous lui proposons de trouver. Je suis sur que vous pouvez sentir en vous ce dont il s’agit. 

Offre ce que tu aimerais recevoir

Par exemple, cherchez une situation dans laquelle vous étiez stressé ou en panique. Alors, quelqu’un est venu vous voir, serein, et vous avez eu l’impression de pouvoir bénéficier de son calme. Un peu comme un rocher auquel s’accrocher dans une tempête. Comprenons alors qu’un enfant qui n’arrive pas à s’endormir ou qui vit une colère se sent dans le même état. Il est balloté, il est chahuté par les émotions violentes qui le traversent.

Dans une telle situation, tout support paisible et stable qu’il pourra percevoir sera salutaire et lui permettra de reprendre pied, de reprendre littéralement possession de lui-même. Pour les pleurs, l’objectif ne sera pas d’apaiser les pleurs, nous avons vu leur utilité fondamentale. Mais nous aidons l’enfant à traverser cette période de pleurs afin que le processus de guérison puisse se faire. En cela, nous allons lui offrir du calme et un support qui lui permette de traverser cette tempête. 

Description de la pratique

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La pratique que je vous propose ici pour vous mettre au service d’un petit enfant a deux nombreux points communs avec l’exercice de la vigie

Le préambule à admettre est vraiment celui-ci : nous devons créer en nous-même l’état dans lequel nous aimerions emmener l’enfant près de nous. Pour cela, le mieux est de prendre l’enfant dans vos bras ou d’être proche de lui. 

Viens, je t’emmène vers le sommeil

Je vais reprendre l’exemple que je viens de vivre avec Swann tout à l’heure. Je me suis allongé avec Swann dans son lit et je l’ai entouré doucement de mes bras. Il était agité et pleurait. Pourtant je ne lui ai pas parlé. Je n’ai pas essayé de le calmer. J’ai plutôt essayé de me calmer moi-même et pour cela, je suis entré en moi-même et j’ai fait comme si je voulais créer (au sens de « fabriquer ») le calme. 

pleurs - câlinPour cela, j’utilise souvent l’image d’un lac tranquille. Un lac sur lequel même le vent ne provoque pas une ride. Je me concentre intérieurement sur cette image tout en conservant l’écoute de ce qui se passe. D’un coté, à l’extérieur, je reste en lien avec Swann et son agitation. De l’autre coté, je visualise avec fermeté cette image et ce ressenti calme qui sera notre support à tous les deux. De même, j’apaise ma respiration. Et j’attends. Il n’y pas d’objectif. Finalement, j’ai lâché l’objectif de « vouloir l’endormir ». Je ne conserve plus que la confiance que je lui offre un espace de calme dans lequel il finira par trouver son chemin.

Je dois bien admettre que bien souvent, cette pratique m’a amené à m’endormir avec eux. Et bien souvent, c’étaient mes meilleures sessions de sommeil !

Viens, je t’offre un havre de calme pour reprendre pied

Aletha Solter mentionne également que la notion de caprice est une absurdité inventée par les adultes. Si un enfant pleure ou est en colère, c’est qu’il a une émotion à faire sortir et à digérer. Bien souvent, personne ne sait réellement la cause de cette émotion qui survient ici et maintenant. Même pas l’enfant. Elle n’a certainement pas de rapport avec le simple biscuit qui vient d’être brisé. Mais finalement, cela n’a pas tellement d’importance. Nous sommes en face d’un être vulnérable traversé par une émotion trop violente qu’il n’arrive pas à gérer. 

En l’occurence, dans une telle situation (lorsque j’en ai la ressource) voici à peu près comment cela se passe. Je me tiens à côté de l’enfant, si possible en l’entourant de mes bras. Parfois il se débat. La question de la « contention » est un vrai sujet, également abordé en profondeur par Aletha Solter mais ce n’est pas le sujet aujourd’hui. Mais surtout, là aussi, je tâche d’être vigilant au fait de conserver le calme en moi. C’est souvent l’image d’un rocher stable dans la tempête qui me vient dans ces cas là. Ou bien celle d’un phare. Et là encore, je tâche de garder mon regard extérieur vers l’enfant dans son agitation et dans sa colère et de rester à proximité de lui tout en cultivant ce calme intérieur en moi.

Par exemple, ces derniers temps, lorsque Swann est très en colère, il m’arrive souvent de rester là à quelques mètres. Je garde les bras ouverts, pour qu’il puisse venir s’il en a envie. Cela arrive ou cela n’arrive pas. Ce n’est pas très grave. Mais je trouve également que cette attitude d’ouverture m’aide à conserver moi-même le calme que je souhaite lui offrir. 

Un cadeau pour nous deux

Là encore, on ne sait pas le temps que ça durera. Il m’est arrivé, lorsque mes enfants étaient tout petits, de suivre des séances de pleurs pendant 1h30. On pourrait croire que c’est éprouvant. Et bien finalement avec une telle méthode, ça ne l’est pas tellement. Il s’agit d’une sorte de méditation et d’accompagnement, d’accueil d’une situation telle qu’elle est. Je garde un souvenir très vivace de certaines séances nocturnes. Pour moi, la vivacité de ce souvenir témoigne de l’état intérieur particulier dans lequel j’ai été. 

Conclusion

Faisons équipe !

Je considère que cette pratique nous a rendu d’immenses services, à mes enfants et moi-même. Très honnêtement, j’ai cru à de maintes reprises que je n’allais pas survivre à une telle dette de sommeil lorsque mes enfants étaient petits. Et pourtant, lorsque j’ai commencé à mettre en place cette pratique, j’y ai trouvé un grand soulagement. C’était un peu comme si on s’aidait mutuellement. Ils m’offraient des occasions fréquentes de travailler sur moi-même tout en leur permettant de trouver plus de paix et un meilleur sommeil. J’ai aussi eu l’impression que ces moments construisaient une relation extrêmement forte entre nous. C’était l’inverse d’un abandon. 

Sortir des réflexes d’abandon

Je trouve toujours très douloureuses ces situations ou j’observe un adulte abandonnant un enfant avec ses pleurs et sa douleur. Cela peut prendre de multiples formes. C’est un « Arrête de pleurer ou je t’en mets une ! » ou bien « si tu veux pleurer, alors vas dans ta chambre ». Dans ces situations et toutes leurs variantes, l’enfant se retrouve seul avec ses pleurs et ses émotions. Il intègre assez rapidement le fait qu’on ne peut pas compter sur l’adulte pour trouver de l’aide dans ces moments difficiles. Ainsi, on apprend, comme nombre d’entre nous, à ne pas pleurer. 

À l’inverse, j’ai trouvé que le fait de « m’obliger » à plonger dans la situation avec eux était une manière de les accompagner au mieux. À l’expérience, c’est beaucoup moins difficile que ça en a l’air. Mais surtout, j’ai pu vivre cette chose merveilleuse : offrir ce que j’aurais aimé que l’on m’offre lorsque j’étais petit. Cela, c’est extrêmement précieux. C’est un cadeau inestimable que les enfants peuvent nous offrir à nous, parents ou adultes qui les accompagnons. Ils nous offrent une deuxième chance. Ils nous offrent de pouvoir guérir par nous-même les blessures que nous avons éventuellement conservées de notre enfance. Nous avons tous, y compris si nos parents étaient bienveillants : nous avons tous des limites. 

Faire de son mieux, sans être parfait.e

Qu’on ne se méprenne pas, je fais définitivement partie de ceux qui considèrent que chaque parent fait vraiment de son mieux. Cela ne veut nullement dire que c’est adapté ou suffisant pour l’enfant à chaque instant. En revanche, je trouve qu’un des immenses bénéfices d’une méthode telle que celle que je viens de décrire, c’est de nous permettre de pouvoir retravailler sur ces blessures que nous avons pu conserver de l’enfance. Ainsi, elles sont doublement bénéfiques. Pour l’enfant dont nous nous occupons d’abord : dans l’instant il a besoin de notre soutien. Et pour nous même « à rebours » : pour l’enfant que nous avons été et qui n’a pas pu recevoir l’accompagnement dont il avait besoin. 

Mais assez de théorie, comme toutes les pratiques qui traitent de l’esprit, j’aurais beau vous en parler en long en large et en travers, rien ne vaut une pratique pour que vous puissiez goûter l’état intérieur qui correspond à ce que je vous décris… il ne vous reste donc plus qu’à trouver une personne qui pleure et à lui offrir votre calme, votre sérénité, votre écoute.

Pascal

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