N'oubliez pas !

En vous abonnant, vous êtes informé.e de tous les nouveaux articles ET vous pouvez télécharger librement le "Guide de l'emprunt participatif". Inscrivez-vous aujourd'hui et rejoignez notre communauté de plusieurs centaines de personnes !

Philippe Vachette, des premières déchetteries à la solidarité énergétique, financière et sociale (2)

Philippe Vachette - Philippe

philippe vachette - papillonNous retrouvons Philippe Vachette pour la deuxième partie de cette interview consacrée à une partie des nombreuses démarches « alternatives » qu’il a initiées ou auxquelles il a pris part. 

Dans la première partie, nous avons découvert l’histoire du groupe Inddigo, les affres de la création des premières déchetteries, et le combat de Philippe contre la financiarisation du monde. 

Merci à toutes et tous des nombreux relais, partages et commentaires, sur les réseaux sociaux et ailleurs. Peut-être avez-vous un témoignage à apporter en lien avec cette interview ? N’hésitez surtout à utiliser les commentaires, ils sont faits pour ça ! 

Alors Philippe, nous t’avions laissé aux portes de la mairie de Chambéry, et tu parlais d’une certaine « mission développement durable ». De quoi s’agissait-il ? 

 

Mission Développement Durable à la Ville de Chambéry

Comme une Aile de Papillon : Ce que je trouve intéressant, c’est que d’une certaine manière, ce sont des actes de résistance, mais pas de « lutte pour la lutte ». C’était à chaque fois une construction de sens.

Philippe Vachette : Pour construire autre chose qui faisait sens. Oui, ce n’est pas « contre » mais « à part ». Même si, à un moment ou à un autre, tu vas buter sur le système. J’aime me dire « l’innovation c’est de la désobéissance qui a réussi ». J’avais écrit ça lorsque j’ai dirigé la mission Développement Durable à la mairie de Chambéry. Elle était supportée (au sens français pas anglais du terme) par les Services Techniques, qui trouvaient clairement que je les emmerdais. 

CAP : Et comment est apparue cette mission de Développement Durable ?

Philippe Vachette : C’est venu de Henri Dupassieux, adjoint au développement durable de la Ville de Chambéry. A l’époque, la mairie était tenue par un  pacte gauche / Verts. Ce poste de chargé de mission développement durable n’existait pas, il a été créé à cette époque. Et c’est comme ça que Henri m’a recruté. Au début, il pensait que ça ferait dès le début, si l’équipe était élue. En réalité, il a mis un an à me fair rentrer, parce qu’ils ne me connaissaient pas bien. Beaucoup se disaient « on va faire entrer le loup dans la bergerie », ou « il va nous amener des emmerdes » .

Dans le fonctionnement, moi je préparais des notes et Henri portait tout ça publiquement. Par exemple, nous nous demandions  : « A-t-on vraiment besoin de voitures de service, alors que des scooters électriques vont plus vite, sont beaucoup moins cher et n’occupent pas de place ? ». Et bien les petits chefs qui avait leur petite voiture, ils n’aimaient pas bien. Quand je suis arrivé à la Ville, il y avait 1 scooter électrique. Quand je suis reparti il y en avait 21. Un scooter électrique Peugeot coutait 2000 € et  50 centimes d’euro les cent kilomètres. En plus, ça ne prend pas de place et les émissions de CO2 sont très faible émission, quoique décalées dans le nucléaire. Et moi, en scooter, j’arrivais toujours le premier aux rendez-vous. 

Décision concertée… ou forceps ?

CAP : Est-ce que c’est correct si je dis que vos propositions passaient parce que vous reposiez les problèmes et cherchiez les solutions plus intelligentes qui étaient possibles ?

Philippe Vachette : Non, pas du tout. Contrairement à ce dont tu discutes dans ton blog, à chaque fois, on est passé en force. Dupassieux poussait nos propositions en mettant la pression. Il disait « Nous avons un pacte de mandature. Si vous le respectez pas, on ne votera pas le budget »

CAP : Tu veux dire que ce n’est pas une discussion honnête, sur la base d’une étude objective des possibilités et un choix bien pesé ?

Philippe Vachette : Non, ça, c’est le discours, la réalité, c’est qu’on passait au forceps. En réalité dans une mairie, le véritable lieu de pouvoir, c’est ce qu’on appelle « la municipalité », la réunion des maires et ses adjoints. Dans les conseils municipaux, tout est déjà  bouclé. C’est la que se prennent les décisions. Bien souvent même, tout se joue dans le cabinet du maire, qui va ensuite faire admettre la décision par ses adjoints. Ils peuvent encore, à ce stade, pas mal peser. Puis une fois que c’est en municipalité, c’est réglé. Il faut vraiment un gros incident de séance pour que ça ne se passe pas comme c’était prévu. Donc c’est totalement du simulacre les conseils municipaux. Et donc les grosses décisions se sont toutes prises aux forceps. Toutes. 

CAP : Et par exemple, passer aux scooters électrique, c’était une grosse décision ?

Philippe Vachette : Non, c’était une moyenne décision.

CAP : Symboliquement ce n’est pourtant pas rien !

Philippe Vachette : En fait, ça n’a pas vraiment été une décision. A chaque fois qu’on disait que les transports coûtait cher. Je disais « Mais ce qu’on propose, ça coute 5 fois moins et ça va aussi vite. Et en entretien, ça coute zéro » . Ce que nous faisions, c’est ne pas remplacer les voitures en bout de service, et mettre un scooter à la place.

Cela faisait du foin, parce que les mecs faisaient de la voiture de service une voiture de fonction. Il rentraient souvent chez eux avec… Et ils traversaient la ville en voiture, dans sa partie la plus encombrée (du Biollay à Curial, soit 1,5 km, pour les non-Chambériens). Complètement fou. Donc si tu veux, j’étais tout le temps le gêneur. D’ailleurs quand j’ai terminé cette mission (j’avais dit à Henri Dupassieux que je ne fairai qu’un seul mandat), les gens disaient « tu vas pas faire ton Philippe Vachette ! » Et en même temps je pense qu’ils ont quand même apprécié ce qu’il a été fait. Voila.

CAP : Moralement, au quotidien, ce n’est pas dur à vivre ?

Philippe Vachette : Non ça va, c’est en parti un jeu. Et puis je n’étais plus un jeune débutant, j’étais un peu au dessus de tout ça. J’avais quand même quelques expériences réussies avant, donc j’avais une certaine légitimité.  Il n’empêche que j’étais quand même l’emmerdeur de service. Sympathique emmerdeur mais emmerdeur quand même. 

Du photovoltaïque à Chambéry

Philippe Vachette : C’est juste après que je me suis lancé dans le projet d’énergie partagée. À mon avis, il est également très symbolique.  Nous avons fait la centrale photovoltaïque des Monts, sur les hauteurs de Chambéry. C’était la première centrale de 100kW raccordée au réseau en France. Il y avait rien en 100kW raccordé au réseau avant. Tout le monde, y compris EDF qui bloquait les projets, disait « ça va faire sauter le réseau ». 

CAP : C’était officiellement pour des motifs techniques ?

Philippe Vachette : Oui. Ils disaient que ça allait tout faire péter, que c’était impossible à réguler, qu’on n’en avait pas besoin, etc.

CAP : Quand on voit la taille et la puissance des centrales d’aujourd’hui, cela pourrait presque faire sourire !

Philippe Vachette : Oui, c’était ridicule ! C’était donc la première centrale de 100kW, et on a fait un coup de force. Elle a été finie en décembre 2004 et elle n’a été raccordée au réseau qu’en mai 2005. Pour débloquer la situation, nous avons prévu une date d’inauguration avec le Président de la Région et le Président de l’ADEME. Puis, on a dit à EDF « Voila ça y est, la date est prise ! » Nous avons envoyé l’info à EDF, à Paris. Cinq jours après, le camion d’EDF arrivait pour raccorder. Avant, ils ne voulaient juste pas raccorder.

Vers Énergies Partagées

Philippe Vachette : Quand ça a été terminé, Dupassieu m’a dit : « C’est bien, on a réussi une fois mais c’est pas la vocation de la collectivité d’être investisseur sur ce genre de projets ». Ceci dit, nous avions beaucoup de crédits européens pour un tel projet. Comme on arrivait en fin de mandat, il m’a dit « ce que tu peux faire, c’est créer un fond d’investissement pour mobiliser l’épargne des particuliers, des associations et des PME, et financer des projets pour les énergies renouvelables ».

Cela a commencé dans un projet appelé SOLIRA Rhône-Alpes. Puis, de « solaire en Rhône-Alpes », c’est devenu « toutes énergies » plus toute la maîtrise d’ouvrage sur toute la métropole. Nous avions bien démarré, avec deux ou trois opérations qui marchaient bien.  C’est alors que la NEF, sur laquelle toute la partie financière était appuyée (comme pour Terre de Liens) m’informe qu’Enercoop veut faire la même chose. Ils partaient certes de zéro,  mais avaient déjà 12000 clients, ce qui représente un certain potentiel. On s’est dit : »C’est le même objectif, on vise le même public, appuyés tout deux sur la NEF : fusionnons nos projets !  » Enercoop est donc rentré comme associé et le nom est devenu Énergie Partagée.

Et c’est toujours une Commandite par Actions : le capital est piloté par les valeurs, ce n’est pas le capital qui pilote la société. En France, et pour beaucoup de sociétés, dès que tu as plus de 50% des actions, c’est le pacte qui prend le contrôle. Alors que dans la Commandite par Actions, tout le pouvoir et toute la responsabilité sont confiés à un commendité. Celui qui met les fonds (le commanditaire) espère en avoir des retours en dividende, mais ne peut pas influer sur les décisions du commandité. Ce dernier n’a de comptes à rendre qu’à un conseil de surveillance. 

CAP : Ce système a été imaginé dès le début du projet ? 

Philippe Vachette : Mais c’est un vieux système qui date du seizième siècle ! Pour nous, les valeurs devaient rester porteuses. Ce projet est né d’Hespul, de Inddigo et de La NEF, et moi j’étais le gérant. Inddigo a commencé dans la gestion des déchets, s’est dirigé vers la circulation douce, le bâtiment durable, les énergies renouvelables… Au début Inddigo était une holding. Et puis ils se sont rendu compte qu’ils se faisaient constamment des facturations en interne. Ils se sont donc logiquement regroupés dans un même département. En plus il y a neuf agences sur le territoire. Le siège est à Chambéry, mais les plus grosses agences sont à Toulouse à Nantes, à Nancy, Montpellier, et une à Paris. Voilà typiquement un projet où les valeurs ont piloté le capital. Terre de Liens est un autre exemple.

Dans Énergie Partagée, ce sont  les valeurs qui décident si on va faire ceci ou cela et on ne choisit que des projets dans lesquels des citoyens sont majoritaires dans la décision.  Nous n’apportons notre capital sur un projet que si les citoyens interviennent majoritairement dans la gouvernance. Cela peut aussi être des collectivités locales ou des coopératives.

CAP : Et aujourd’hui, quel est ton rapport avec Énergie Partagée ?

Philippe Vachette : Je suis en retraite depuis 2012. Jusqu’à cette date, j’en étais le gérant. Il y a eu quelques flottements dans la gestion, quelques passes difficiles. Mais ils ont maintenant recruté un mec bien, un ancien de la Société Générale, qui a été vaccinée de la finance. Il connait bien l’intérieur et a fait un DESS économie sociale et solidaire.  Il a aussi Florence Martin la présidente d’enercoop Rhône-Alpes une très bonne négociatrice, porteuse de valeur… Un beau projet qui continue bien.

 Conclusion ?

Si vous avez déjà rencontré Philippe, serez-vous surpris si je vous dit qu’à ce point de la discussion, il m’a emmené… ailleurs ? Suivant ses idées foisonnantes, sont apparus en quelques minutes un réseau très large de gens passionnants. Nous repartons de chez Philippe avec quelques litres de sève de bouleau, étourdis par la densité des aventures et des idées de rencontres ultérieures en pagaille. C’est une part de « l’effet Philippe » : tu arrives avec une questions, tu repars avec dix autres questions et voies à explorer…

Pascal

Click Here to Leave a Comment Below

Leave a Reply:

close

Formation Hygiène de l'es​prit

Inscrivez-vous à cette formation exclusive pour les professions intellectuelles (mais pas uniqueme​​​​​​​​​nt !) pour améliorer votre sérénité ET votre performance.