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La nature sans laisser de trace : faire caca de manière écologique

Ce matin, j’ai un peu le coeur gros. Mon copain Helmut est parti sans moi. Enfin, il n’est pas parti tout seul : une famille est passée le prendre pour passer quelques jours en Suisse. J’ai fait les présentations, en disant « voilà Helmut ! », et ils ont eu l’air heureux de le rencontrer. Quelques instants plus tard, la question est arrivée : « Mais… il n’y a pas de toilettes ? ».

Non. Helmut n’a pas de toilettes. C’est un fourgon aménagé pour habiter confortablement à 4, avec un confort qui, il y a quelques années, m’aurait semblé du luxe. Dès qu’il est entré dans ma vie, il y a un an, j’ai enlevé les toilettes, et les ai remplacées par une pelle. 

Car l’été arrivant, fleurissent au bord des routes, en pleine nature, derrière les buissons ou au bord des chemins, ces petites sculptures ornées de papier volant. Car s’il est un art qui s’est perdu, c’est bien celui de savoir faire ses besoins proprement dans la nature. Ou comme l’évoque un livre célèbre, comment chier dans les bois. 

Pour bien préparer l’été, je vous propose donc aujourd’hui une révision des bonnes pratiques, afin que vous (re)découvriez la félicité d’un soulagement intestinal qui ne laisse pas de traces.

Mettons-nous dans le contexte

C’est arrivé à chacun d’entre nous. On se promène le nez au vent, distrait par le chant d’un oiseau qui nous éloigne du chemin, et paf ! Cette fois, c’est le pied gauche. On regrette tant d’avoir opté pour les tongs. Visiblement, quelqu’un a trouvé l’endroit adapté pour poser sa merde, savamment recouverte de quelques feuilles de papier rose vif. Le quidam étant sensible aux causes naturelles, il a vaguement recouvert la chose de quelques feuilles et branchages, voire d’une pierre (pour que le papier ne s’envole pas) un peu sous-dimensionnée.

Suivant la datation de l’oeuvre, sa composition, la localisation et la météo, le résultat peut aller de la superbe religieuse drapée de soie rose au magma maronnasse et dégoulinant. D’une manière générale, le propriétaire de la tong sent une lourde tristesse, et son entourage voit sa bonne humeur grimper en flèche.
Finalement, tout cela ne serait pas bien méchant si nos merdouilles ainsi déposées n’étaient pas une importante source de pollution : 

caca - sur l'aiguille du midi

Une « religieuse » à près de 4000m d’altitude.

  • Pollution visuelle et olfactive : je ne crois pas avoir besoin de prolonger les descriptions. Notons simplement que dans des conditions optimales, la décomposition prend quelques jours. Mais elle peut dans certains cas durer très… très longtemps ! Bien sûr, en période estival et en zone fréquentée, on sent que cela se bouscule et certains sites sont littéralement bordés de « toilettes » sauvages. 
  • Pollution chimique et bactériologique : les déjections humaines non décomposées (« non compostées») peuvent contenir des bactéries dangereuses pour l’homme. C’est bactéries peuvent se retrouver ensuite dans les eaux de ruissellement, dans les rivières, etc. A plus grande échelle, les déjections humaines principalement traitées en stations d’épuration, sont responsables d’une part non négligeable de la pollution azotée (les fameux nitrates) de l’eau.

Bref, ce n’est pas ainsi qu’il faut faire. Comme ce qui va sans dire va encore mieux en le disant, faisons une révision. Allons, tous à nos pelles !!

Rendre à la terre ce qui vient de la terre

Dans nos sociétés de « chasse d’eau », nous avons tendance à nous comporter comme si, une fois le caca soustrait à notre vue, le problème était réglé. Ce n’est pourtant pas si évident ! Savons-nous tous son destin lorsque nous tirons la chasse ? Comme pour le reste de nos déchets,  il est cohérent d’assumer jusqu’au bout l’avenir de nos merdes. J’irai jusqu’à dire, de leur proposer un avenir glorieux.

Et pour cela, le principe est simple : ce qui est venu un jour de la terre doit retourner à la terre. Concrètement, nous devons nous assurer qu’une fois l’offrande faite, tout cela est digéré rapidement, facilement et efficacement par Dame Nature.
En résumé, on pourrait décrire cet « art de chier » par l’art de transformer nos excréments en humus, en terreau, bref, en quelque chose d’utilisable par les plantes et qui ne contamine rien ni personne. Ceci étant dit, passons à  la pratique.

Le caca dans un « oua-terre », en situation normale

Par situation normale, j’entends que nous nous trouvons sur un terrain constitué de terre, ou de quelque chose s’en approchant. Au bord des routes, dans les forêts ou le long des chemins, c’est très courant.

Cherchons !

L’endroit idéal présente les caractéristiques suivantes :

  • De l’isolement : bien qu’en Asie, ce soit parfois une activité collective, notre culture est plus solitaire.
  • Un sol suffisamment meuble pour pouvoir y creuser. Vous allez rapidement comprendre pourquoi. 
  • Éloigné d’au moins 50 mètres de tout cours d’eau. On n’est jamais trop loin ! Evitons aussi les traces évidentes de ruissellements temporaires (lits de ruisseaux à sec).

Emmenons avec nous le matériel nécessaire qui devrait toujours rester à porter de main, dans un sac à dos ou dans votre véhicule :

  • une pelle-à -caca : du modèle militaire robuste, mais lourd, à la pellette de jardinage, tout fait l’affaire.
  • du papier toilette de votre marque préférée !
  • et un petit branchage que vous ramassez sur le chemin.

Creusons !

Caca - petites pelles Armé.e de notre pellette, creusons le trou destiné à recueillir le produit des pizzas d’hier. La théorie recommande de faire au minimum 15 cm de profondeur, mais ce n’est jamais trop profond. Pour la largeur, l’expérience montre qu’en dessous de 15cm * 15 cm, il devient difficile de viser. Comme un caca fait en moyenne de 150 à 300 g, laissons lui la place pour un accueil confortable.

Poussons !

Confortablement accroupi, faisons ce que nous avons faire. Un ami spécialiste de la question m’a confié toujours s’arranger pour trouver un endroit proche d’un appui (un arbre, par exemple). Ainsi, la stabilité est optimale. Chacun sa technique !

Nettoyons !

Les opinions en ce qui concerne le papier toilette divergent. Certains vous vendent même du PQ spécial « bio dégradable » pour une fortune. Mais au fond, la plupart des papiers sont « pure ouate de cellulose », c’est à dire du bois un peu cuit et touillé. A priori donc, pas de gros soucis à le laisser avec le reste.

L’alternative, c’est de le mettre bien proprement dans un sac type Ziploc®, et de ramener tout cela chez vous ou dans une poubelle. Néanmoins, une fois chez vous, cela ira dans les toilettes, donc à la station d’épuration, qui ne fera pas mieux que Dame Nature. Cela pourra aussi aller à la poubelle, donc. incinération… 

En ce qui me concerne, je préfère tout laisser dans le trou.

Touillons !

Mettons un peu de la terre retirée pour faire le trou par-dessus notre dépôt. Puis, armé.e du bâton préalablement ramassé, touillons bien pour mélanger caca, terre, et éventuellement papier. Disons moitié/moitié pour le dosage.

L’opération terminée, laissons le bâtonnet dans le trou. N’allez surtout pas utiliser votre jolie pellette pour ca ! Elle doit rester propre pour vos prochains cacas, et surtout pour le rangement. 

 

caca - on tasse

Recouvrons !

Finissons de reboucher le trou, et tassons bien.

Et voila ! C’est comme si rien ne s’était passé, vous n’avez laissé aucune trace, la Nature va digérer votre cadeau bien tranquillement et sans nuisance. 

Normalement, à cet instant, nous ressentons une sorte de calme serein. C’est très différent de la vague mauvaise conscience associée à la méthode « sculpture publique ». 

Le caca lorsqu’il n’y a pas de terre

Le problème survient lorsque le terrain où nous nous trouvons n’est pas capable de digérer le caca. Les cas les plus fréquents sont les terrains à graviers, les terrains sableux (type plage), et la neige.
D’après ce que nous avons dit dans un paragraphe précédent, nous sommes responsable de notre caca. Et nous savons qu’un caca laissé dans un tel terrain va, au mieux, rester intact un certain temps, au pire ruisseler à la première pluie.

Il nous reste deux possibilités : la première est basée sur un régime riz / chocolat les deux semaines précédant votre sortie notre expédition.

La deuxième est d’appliquer les techniques pratiquées avec succès et intelligence par nos amis américains, en particulier dans les falaises du Yosemite ou les randonnées aquatiques. Il s’agit de la récupération.
Pour cela, rien de compliqué à condition d’avoir prévu un peu à  l’avance un kit-à-caca, comprenant :

  • Quelques sacs, de préférence en papier (du genre de ceux que vous donne le Primeur lorsque vous achetez vos pommes sur le marché), sinon en plastique.
  • Un grimpeur en paroi (Yosemite Valley) – le Pooh Tube est visible en haut à gauche

    Un « container » étanche, de taille variable suivant la durée de votre escapade. Pour une sortie à  la journée, le kit «d’urgence» peut se contenter d’une boite plastique type tupperware. Les grimpeurs du Yosemite qui partent plusieurs jours utilisent un Pooh-Tube, un montage de tube PVC avec 2 bouchons vissables étanches.

Pour la pratique, voici la technique :

  • Quand arrive le moment fatidique, éloignez vous avec votre attirail.
  • Le caca se fait directement dans le sac en papier. Le papier toilette, le rejoint.
  • Pour être plus sûr, vous pouvez utiliser un deuxième sac en papier rajouter un sac en plus, et puis vous enfermez le tout dans la boite étanche.
  • De retour à la maison, vous viderez tout cela dans une poubelle. Ou mieux, dans votre compost ou vos toilettes sèches. 

Vous l’avez compris, s’il y a plusieurs cacas, chacun son sac, mais tous vont dans la même boite à  la fin.
Et voila, une fois de plus, vous ressentez la fierté du travail bien fait.

Conclusion

Bien sûr, tout le monde le sait. Bien entendu, ce sont toujours les autres qui laissent leur trace. Mais honnêtement, combien sommes-nous à avoir une pelle au fond du sac ou du coffre de voiture ? Combien d’entre nous (et moi le premier) ont un jour posé un caca qui, peut-être y est encore ?

Aimer la nature et la respecter, cela peut commencer par prendre en charge ce qui nous est tellement intime qu’il est bien logique de ne pas l’exposer à la vue publique. D’autant que la nature s’en accommode très bien. 

Comme je le dis souvent sur ce blog (par exemple dans cet article), les « petits gestes » ont aussi l’avantage de nous inviter à la réflexion. Ils ont ce pouvoir de nous reconnecter avec le parcours des objets et des fluides dans notre monde. Une sorte de re-localisation. La réflexion sur les toilettes et le traitement des excréments en est un très bon exemple

Pour aller plus loin

Sur le vaste sujet qu’est le caca lors des activités de pleine nature, un livre assez connu, plutôt orienté sports d’eau vives, Comment chier dans les bois de Kathleen Meyer, éditions Edimontagne. 200 pages, c’était peut-être exagéré, mais c’est plutôt intelligent et documenté.
Pour les problématiques de pollution de l’eau, la gestion des déjections humaines par compostage, et une description détaillée du processus de compostage et des toilettes sèches (de plus en plus populaires), voir www.eautarcie.com .

Pascal

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